Ces monuments emblématiques qui, en leur temps, ont rencontré une forte opposition.

La Tour Eiffel, la Pyramide du Louvre, le Centre Georges-Pompidou, aujourd’hui inscrits dans le patrimoine parisien, ont fait polémique lors de leur conception.

 La Tour Eiffel

La Tour Eiffel © Keystone France / © Fotolia

© Keystone France / © fotolia

Érigée en 1889 pour l’Exposition universelle de Paris, « la Tour de 300 mètres », comme elle était communément appelée à l'époque, a été dessinée par Gustave Eiffel. Composé de fer puddlé, cet édifice était alors une aberration pour beaucoup de Parisiens habitués aux immeubles haussmanniens de six étages.

Le 14 février 1887, quelques grands noms du monde des lettres et des arts, dont Guy de Maupassant, Alexandre Dumas fils et Leconte de Lisle, adressent une lettre contre la tour de M. Eiffel à Jean-Charles Alphand, l’ingénieur en charge de sa construction, lui demandant de renoncer :

« Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté jusqu'ici intacte de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l'art et de l'histoire français menacés, contre l'érection, en plein cœur de notre capitale, de l'inutile et monstrueuse tour Eiffel, que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d'esprit de justice, a déjà baptisée du nom de tour de Babel. (...) La ville de Paris va-t-elle donc s'associer plus longtemps aux baroques, aux mercantiles imaginations d’un constructeur de machines, pour s’enlaidir irréparablement et se déshonorer ? (…)

Il suffit, d’ailleurs, pour se rendre compte de ce que nous avançons, de se figurer un instant une tour vertigineusement ridicule, dominant Paris, ainsi qu’une gigantesque et noire cheminée d’usine, écrasant de sa masse barbare Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, la tour Saint-Jacques, le Louvre, le Dôme des Invalides, l’Arc-de-Triomphe, tous nos monuments humiliés, toutes nos architectures rapetissées, qui disparaîtront dans ce rêve stupéfiant. Et pendant vingt ans nous verrons s’allonger sur la ville entière, frémissante encore du génie de tant de siècles, nous verrons s’allonger comme une tache d’encre l’ombre odieuse de l’odieuse colonne de tôle boulonnée. »
L'édifice était destiné à être déboulonné quelques années plus tard. Son destin fut tout autre. La tour Eiffel est devenue l'un des symboles de la France, avec plus de 250 millions de visiteurs venus « de tous les coins de la planète », selon son site officiel.

 

La Pyramide du Louvre

La Pyramide du Louvre © S. Sautereau/Hoa-Qui / © FFT

© S. Sautereau/Hoa-Qui / © FFT

Conçue par l'architecte sino-américain leoh Ming Pei, la Pyramide du Louvre a été commandée par François Mitterrand, en 1983. Constituée de métal et de verre, la Pyramide du Louvre se situe au sein de la cour Napoléon du palais du Louvre. Pour le président de la République, il s'agit d'entamer une « révolution muséographique ».

Une révolution qui n'est pas du goût de tout le monde. L’annonce officielle du projet a lieu lors de l’audition de leoh Ming Pei le 23 janvier 1984 devant la Commission nationale des monuments historiques, audition dont il ressort décontenancé face à la perplexité des membres de la commission. Le lendemain, France Soir titre : « Le nouveau Louvre fait déjà scandale ». Publiée en première page, la photo de la pyramide crée la polémique. Les adversaires du projet, tel l’historien d’art André Fermigier, comparent alors la pyramide à une « maison des morts » ou encore à un « entonnoir ».

S'ensuit un combat politique mené essentiellement par 7 associations de défense du patrimoine qui interpellent le ministre de la Culture de l'époque, Jack Lang : « Par son style comme par ses matériaux, une pyramide de verre et de métal jurerait avec tout ce qui l'entourerait. » En février, la fronde prend la forme d'une pétition menée par le maire (RPR) du 1er arrondissement parisien, Michel Caldaguès : « Je ne veux pas que le Louvre soit défiguré. Je demande que les Parisiens soient consultés. »

La pyramide est finalement inaugurée le 4 mars 1988. La fréquentation du musée a été multipliée par 3 depuis son réaménagement. Il accueille aujourd’hui près de 9 millions de visiteurs par an. 

 

Le Centre Georges-Pompidou

Le Centre Pompidou © S. De Sazo/Rapho / © FFT

© S. De Sazo/Rapho / © FFT

L'architecture du centre suscite immédiatement une vive polémique : canalisations, escaliers électriques, passerelles métalliques, tout ce qui est traditionnellement dissimulé est ici ostensiblement montré à la vue de tous. On surnomme le centre « Notre-Dame de la Tuyauterie », ou encore « le Pompidolium ». On raille un « hangar de l’art », une « usine à gaz », une « raffinerie de pétrole », un « fourre-tout culturel » ou une « verrue d’avant-garde ».

Cependant, le centre et son architecture controversée remportent un large succès public. Renzo Piano déclara « avoir voulu démolir l'image d'un bâtiment culturel qui fait peur. C'est le rêve d'un rapport extraordinairement libre entre l'art et les gens, où l'on respire la ville en même temps ». Le centre, prévu pour 5 000 visiteurs quotidiens, en accueillera finalement 5 fois plus. La plupart des visiteurs viennent pour voir les grandes expositions sur l’art, mais la bibliothèque publique d’information et sa médiathèque battent aussi des records d’affluence.

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